Les Peintres de l’Armée sont les descendants des “artistes peintres du dépôt de la guerre”, car au XVIIe siècle on déposait leurs œuvres dans les combles de l’Hôtel des Invalides. 

Le titre de Peintre des Armées avec spécialité terre, marine, air et espace ou gendarmerie est officialisé par un décret d’avril 1981 modifié en mai 2005. Les Peintres des armées sont nommés par le ministre de la Défense sur proposition d’un jury composé d’officiers, d’artistes et de spécialistes du monde de l’art.

- Le titre de Peintre agréé est attribué pour une période de trois ans renouvelable dans les mêmes conditions.
Le nombre de Peintres agréés est limité à vingt ; celui des Peintres titulaires n’est pas limité. Les Peintres peuvent être agréés ou titulaires dans une ou plusieurs armes.

- Le titre de Peintre titulaire peut être décerné par arrêté du ministre de la défense, sur proposition du jury, aux Peintres agréés s'ils sont en exercice depuis au moins trois périodes consécutives de trois ans.

- Les Peintres des armées n'ont ni grade, ni rang, dans la hiérarchie militaire. Toutefois, dans l'ordre des préséances, le titre de Peintre agréé est assimilé au grade de capitaine ou de lieutenant de vaisseau, le titre de Peintre titulaire au grade de commandant ou de capitaine de corvette.

- Nul ne peut donc se prévaloir du titre de Peintre de l’Armée, s’il n’a pas fait l’objet d’une décision ministérielle publiée au journal Officiel.

Actuellement, 49 artistes, dont 8 sculpteurs et 5 photographes, 1 médailleur, ont le titre de Peintres de l’Armée - de terre.

On compte parmi eux 10 femmes et 8 anciens militaires, leur âge varie de 97 ans pour notre doyen Jacques Ernotte, et 42 ans pour le plus jeune agréé.

Ces artistes sont bénévoles, contrairement à leurs anciens , et simplement remboursés de leurs frais, lors des missions qu’ils remplissent, sur demandes des unités, soit en corps de troupes, soit en reportage à l’occasion d’opérations extérieures.
Ils sont tenus d’exposer au moins une œuvre à chaque
Salon des Peintres de l’Armée. Leur mission est la représentation plastique de sujets militaires de nature à contribuer au renom de l’armée, ils accomplissent cette charge de deux manières:

- Par leurs œuvres qui, loin d’être le reflet d’une “école de peinture militaire” sont l’expression du style et de la créativité de chacun et complétant les autres moyens d’expression, apportent une vision personnelle et souvent une grande part de rêve à la vie du soldat.
- Par leur personnalité, car ce sont pour la plupart des artistes de grande qualité, présidents de grands salons parisiens, exposant leurs œuvres dans des galeries prestigieuses, connues, voire professant à l’étranger.
 

« Je suis convaincu que les peintres d'aujourd'hui, comme ceux du XVème siècle sont des hommes davantage tournés vers l'avenir que vers le passé »                                                                                                     Pierre Francastel (Critique d'art 1900-1970)


Les « Peintres des batailles », étaient mandatés par les rois et les princes pour immortaliser leurs glorieux faits d'armes, mais aussi pour célébrer leurs personnages et les grands événements de leurs règnes.
Van Der Meulen, fût nommé par Louis XIV « peintre des batailles royales et peintre ordinaire du roi ».
Au XVIIIème siècle, Baguetti, choisi par Bonaparte, a laissé des centaines de dessins et aquarelles, qui sont de précieuses références de l'histoire impériale.
Antoine Gros, élève de David, suivit et peignit les campagnes d'Italie et devint peintre officiel de Napoléon.
Le baron Lejeune laissera de nombreux témoignages sur la révolution et l'empire.
Antoine Garneray en fera de même pour la restauration.
La famille Vernet travaillera sur des sujets militaires.
Delacroix, contemporain de Vernet et de Géricault ouvrira la voie aux orientalistes.

Les peintres militaires avaient un rôle utilitaire, au point qu'on trouvait des géographes et des cartographes, dans leurs rangs. On enseignait aux jeunes officiers, l'art du croquis, des avant-postes et des rivages approchés.

Ainsi s'est constituée au XIXème siècle une immense documentation sur les terres nouvelles et les combats lointains.
Meissonier et son élève Édouard Detaille, peindront une Armée, dans des postures, patriotiques et héroïques de leur temps.
Durant la guerre de 14-18, les artistes mobilisés témoigneront de la vie du front : Gromaire, Léger, Jonas, Taquoy, Mathurin Méheut, Scott ...
Plus tard, lors du second conflit mondial et des guerres qui suivirent, les artistes tels que Brayer, Brenet, Falcucci, et Rosenberg, se sont attachés, à maintenir l'art militaire. Lezachmeur (peintre soldat), Gault, Abadie, ont poursuivi la mission jusqu'à nos jours.

Avec l’arrivée de la photographie au sein des Peintres de l'Armée, nous assistons à une autre expression artistique et visuelle.
Mais l'Art essentiel demeure.

« L'artiste ne voit pas les choses comme elles sont. Si c'était le cas ça ne serait plus un artiste » disait Oscar Wilde.

La variété des missions et des postures des Armées, offre aux peintres, sculpteurs et photographes officiels, un riche terrain, d'expression originale et personnelle. Ils contribuent, ainsi, par leurs talents, à apporter, à leur niveau, ce « supplément d'âme » sans lequel l'Armée et l'action militaire n'auraient plus le même sens.
Jean-Claude LESQUER. Président d'Honneur de l'Association des POA.